18, rue Raffenel…souvenirs épars d’une aventure exaltante
Publié le 28/04/2011 | 07H39 GMT par El Hadji Momar WADE
 
18, Rue Raffenel. Une adresse. Un mythe. Cette célèbre rue commerçante de la capitale sénégalaise est restée dans l’histoire médiatique  par une porte dérobée insoupçonnée. Au second étage de cet immeuble à l’allure austère, un appartement peu équipé a abrité l’une des rédactions qui ont écrit les pages les plus belles et les plus inspirées que la presse nationale ait connue. Chronique d’une aventure journalistique peu commune …
 
Avec émotion, les images se bousculent dans notre tête  à l’évocation du vingt cinquième anniversaire du groupe « Sud Communication ». Jeune diplômé du Cesti, à l’orée des années quatre vingt, nous avons rejoint  avec empressement le comité de rédaction balbutiante de Sud Hebdo.

Initialement composé de Babacar Touré, Abdoulaye Ndiaga Sylla, feu Ibrahima Fall, Sidy Gaye, Baba Diop, Feue Rokhaya Daba Sarr, Mademba Ndiaye, Tidiane Kassé, Ibrahima Bakhoum, Mamadou Amath et votre serviteur, il est soutenu dans les tâches administratives et financières par Ndèye Combèye Niang et Cheikh Alima Touré.  Pape Ndoye assure le reportage photographique.

Les moyens font cruellement défaut mais la foi en une aventure  passionnante reste intacte sous les ricanements de certains confrères sceptiques et défaitistes. Dans cet appartement fonctionnel et clair, l’équipement a été très rudimentaire. A l’entrée, à votre droite, deux fauteuils un peu usés attendent le visiteur qui veut accéder au poste de travail du responsable financier (en fait une table et une chaise). Au fond, le bureau de direction. Même décor rudimentaire en plus d’un téléphone. Le salon est la principale pièce où se focalisent les activités essentielles du journal : la rédaction des articles, la correction, et les interviews. Une longue table de conférence est le lieu de prédilection des journalistes. Au fond, à gauche, la salle de saisie où officie  Ndèye Combèye Niang qui nous initie, à ses heures perdues, aux subtilités de la Pao.

En février 1986, la logistique est plus que sommaire. Le seul véhicule disponible est la voiture personnelle de «BT» (Babacar Touré), une Peugeot 204 Break poussive,   munie tout de même d’une plaque minéralogique internationale, qui nous a rendu beaucoup de services. Un coupe-fil efficace.

De parution hebdomadaire, le rythme de travail aurait dû être moins pressant, mais  nous étions présents toute la semaine. Sans répit, nous remettions le métier à l’ouvrage. NDiaga, Sidy, et « Petit chef » (feu Ibrahim Fall) et nous même, étions les passagers de la ligne 1 de la défunte Sotrac qui desservait à l’époque, la banlieue, notre lieu de résidence. A midi, benjamin du groupe, nous étions préposé à la restauration.  Avec les moyens du bord,  nous payions  une dizaine de plats  succulents de « thiébou dieune » (riz au poisson) au restaurant «Mame Diarra» en fait, la gargote du quartier. Nous ne tarderons guère à récolter les fruits de notre labeur. Après la parution de quelques numéros de Sud Hebdo, décideurs, annonceurs et confrères nous prirent au sérieux.

La fraîcheur du style, la pertinence des analyses politiques, la défloraison de sujets tabous nous ont valu respect et considération. Les conférences de rédaction étaient épiques. Les penchants politiques se reflétaient dans nos écrits car le Mur de Berlin  n’était pas encore tombé. Tous les courants étaient représentés dans nos colonnes. Des marxistes aux nationalistes panafricains en passant par les adeptes de la Charia et les Libres-penseurs. Mais, les articles étaient impitoyablement disséqués lors des séances d’évaluation critique de chaque parution. 

Aucun écart stylistique ou déontologique n’était toléré. Les gardiens du temple de cette orthodoxie  journalistique : « Petit chef » et Sidy Gaye.  En sage avisé,  Ndiaga tempérait nos ardeurs juvéniles et nous demandait de persévérer dans l’effort. Rude école. Les vicissitudes de l’histoire  font parfois bien les choses. La  parution d’un des premiers numéros de « Sud Magazine » coïncide malheureusement avec la disparition tragique du Professeur Cheikh Anta Diop, un égyptologue émérite. Boubacar Boris Diop, écrivain de talent et ami du disparu, « pond » un texte superbe, émouvant et dense. Il l’intitule « Le contemporain capital ». Le journal se vend comme des petits pains. Ce succès nous galvanise.

Au début, sceptiques, certains confrères montrent le bout du nez.  Nous poursuivons notre route. Nous maintenons le cap de nos ambitions. Avec foi et bonne foi, comme l’a écrit « BT » dans un mémorable premier éditorial. Les  ventes progressèrent mais les lourdes charges plombaient les comptes. Nous nous battions à l’image des Petites et moyennes entreprises du pays. Les conditions de travail étaient acceptables, à défaut d’être idéales. A l’image de notre parc automobile. Sidy Gaye et « Petit Chef »  se payèrent des « Citroen Visa » et Ndiaga opta pour une « R 18 ».  La ligne 1 était dorénavant un mauvais souvenir. 

En 1988, les élections nous offrirent  une opportunité inespérée et nouvelle. La parution a été révisée et passait bi-hebdo. Sidy et « Petit Chef » m’affectèrent à la campagne électorale de Me Wade. Après trois semaines de tournées épuisantes en compagnie du leader libéral, j’étais persuadé que le principal adversaire  allait emporter haut la main ces joutes électorales grosses de toutes les dérives. Très zen, Sidy doucha mon enthousiasme et m’exigea de couvrir les activités du candidat au lieu de tirer des plans sur la comète.  La suite lui donna raison : incarcération de Me Wade, état d’urgenc,e etc.

Cette période a permis à Sud de démontrer son professionnalisme et son sens de la responsabilité arrimés sur une réelle conscience citoyenne. En 1989, un peu fatigué, nous avions choisi d’exercer autrement notre profession en travaillant dans un Organisation non gouvernementale comme conseiller en communication.

En 1994, retour à Sud. Cette fois-ci, les choses ont drôlement évolué en notre absence. L’immeuble Fahd abrite désormais le groupe qui était devenu un des fleurons de la presse privée. De jeunes femmes aux allures « d’executive women » s’occupaient désormais des affaires commerciales. Les financiers, en costume cravate, avaient bien leurs places dans nos banques. Quel chemin parcouru en moins d’une décennie.  Ce devoir de mémoire nous a paru vital afin d’édifier les jeunes confrères du groupe qui devraient assurer bientôt la relève.

Joyeux anniversaire, Sud !




 
 
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