| CHRONIQUE DEL’IMPROVISTE |
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| Comptes de faits |
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| Publié le 27/01/2012 | 01H19 GMT par Henriette Niang Kandé
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| Pour «valider» sa candidature à l’élection présidentielle française de 1981, le comique Coluche, qui savait être agitateur ou provocateur selon les circonstances et jusque là hors du champ politique, avait donné une seule raison : «Avant moi, la France était coupée en deux, avec moi, elle sera pliée en quatre». Alors que les sondages de l’époque le créditaient de 16% d’intentions de vote, il finit par retirer sa candidature, non sans avoir sérieusement perturbé le paysage politique français. |
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La période préélectorale que nous vivons et qui coïncide avec le dernier mois du second mandat de Maître met à nu, entre autres constats, la non-évidence pour un candidat sortant de faire la part des choses entre les temps présidentiels et les moments de campagne. La confusion qui règne dans tous les secteurs de la vie nationale pourrait nous faire traiter cette agitation désordonnée sur le mode de la dérision et nous faire « plier en quatre». On aurait tort. Après avoir dénoncé pendant un quart de siècle la gestion de l’Etat sous Senghor puis sous Diouf, Maître s’est enveloppé d’oripeaux d’un manteau de monarque et a transformé en gravats, une Constitution qu’il a trouvée en marbre, tout en inventant ce qu’on pourrait appelé une «présidence à éclipses» dans une «démocratie d’apparence». Avocat, économiste, mathématicien, chef d’entreprise de presse, néo-mouride atavique après avoir été franc-maçon «auto» défroqué. Mais comme disait l’autre, «maçon, je veux bien croire, mais franc, cela reste à prouver».
2012, année électorale. Son pouls commence à s’affoler, son cœur bat la chamade, Elle balbutie ses annonces, ses retraits, ses bluffs et ses résolutions. Nous n’en sommes qu’aux préliminaires mais ces instants où l’on promet plein de merveilles aux monts sont bénis. Le marécage politique bouillonne.
Des candidats qui ont annoncé leur intention depuis au moins un an, ont parasité les plateaux de télévision et les studios de radio se sont ralliés à un camp, quelques virtuels deviennent réels, des postulants jettent l’éponge ou deviennent souteneurs, des récidivistes en effraction démocratique reviennent et quelques uns savent déjà qu’ils ne sont là que pour prendre date, car ils comprennent bien que gagner un tournoi lors de la première participation relève de la gageure. Tous vendent « leurs charmes ». Certains pour se faire connaître et d’autres, déjà trop connus, cherchent à paraître différents, s’efforçant à nous faire croire qu’ils n’ont pas le goût du pouvoir, mais le « sens du sacrifice ». Face à eux, notre vigilance doit être accrue, parce que rien n’est plus dangereux qu’un mutant ou une mutante, qui avec une « horloge biologique qui marche à rebours », risque de courir le monde, à la recherche de poupées Barbie, et autres jouets de petites filles. Quelques uns, font l’objet d’une inimaginable condescendance, de la part de « quelque éduqué » qui a fini par se croire réellement supérieur. Or, dans son propre milieu professionnel, les moins véhéments reconnaissent qu’il n’est pas à sa place dans un gouvernement, et les plus exaltés ajoutent « ni même vêtu d’une robe noire et à la barre d’un tribunal ». Des idées creuses contre des pensées archaïques, s’accrochant à la poupe de Sunugal, sans avoir dessiné aucun horizon ni jamais mis demain en actes, ne peuvent pas faire une campagne électorale.
Il faut aussi ajouter que loin de l’élitisme de Senghor ou de la technocratie de Abdou Diouf, et contrairement à des « intellectuels » dénonçant l’informalisation de l’Etat, le peuple, devenu moins obéissant aux directives des « porteurs de voix » n’est pas systématiquement rétif à être attentifs à ces hommes et ces femmes, qui se sont fait un nom en dehors du champ politique et qui peuvent incarner à ses yeux une synthèse entre la fierté de n’être « parti(e)s de rien » et le triomphe du modèle Modou Modou. Globalement plus jeune, plus urbain et plus éduqué que par le passé, l’électorat semble aussi moins sensible à l’influence des porteurs de voix, chefs de village, de quartier, élus locaux et marabouts Qui plus est, le triomphe de ce modèle-là, enverra directement à la retraite, toute cette génération politique des années 60.
Notre pays, depuis plus d’une année est « coupé en deux » camps qui se font face. Il y a le camp de ceux qui soutiennent que Maitre, candidat sortant, peut briguer un troisième mandat, structurant leurs discours pour montrer l’évidence de sa candidature, mais aussi sa victoire annoncée, « dès le premier tour ». Dans ce camp-là, les ultra-souteneurs, les plus violents dans leurs discours, sont majoritairement des transhumants aux dévouements « absolus » à Senghor puis à Diouf, dans des engagements postiches, invoquent un calamiteux passif socialiste pour expliquer tous les maux du pays.
La ritournelle relevait déjà de l’escroquerie lors de la présidentielle de 2000, puis au sortir du premier mandat de Maître en 2007. Elle revient encore, au bout de douze ans d’Alternance à nous penser incapables de faire une addition et compter le nombre d’années depuis lesquelles les Socialistes ont été battus et le temps que cela a laissé à Maître pour défaire son héritage – et faire mieux à la place. Or, il a beaucoup renfloué sa caisse, renforcé son pouvoir, guerroyé contre « ses fils ». Président- recours pour sa famille génétique et son clan, il ne s’est jamais transmuter en président protecteur de tous les Sénégalais
Quant au camp d’en face, il s’arcboute sur l’inconstitutionnalité de la candidature de Maître, évoque l’ampleur de la différence qui existe entre la rhétorique du gouvernement qui, à la suite de Maître, présente un pays émergent et le vécu des populations moins flatteur. A cela, il rajoute un poncif qui traîne dans toutes les conversations : son âge. A quatre vingt six ans, ses artères le trahissent. Et pas n’importe où. Dans la zone de commandement : le cerveau. Président, dont le style choque, dont le comportement déconcerte, et dont les actes et les idées saugrenues inquiètent. Sa décision de créer « une fête des cadeaux » (qui a fait rire sous cape des membres de son premier cercle et qui est d’ailleurs passée inaperçue) peut-être une pâle copie d’un « rendez-vous du donner et du recevoir » si cher à Senghor, résume à elle seule que l’onction de l’élection par laquelle il est passé de candidat à président de la République en 2000, ne lui a toujours pas donné la densité et l’allure que les puristes de la République ont souvent incriminé en passant au crible, ses comportements et ses propos.
La campagne présidentielle n’est pas officiellement ouverte, qu’une autre catégorie de « Républicains », se montre. Symboles de la divagation et de l’errance politique, ils passent sans état d’âme de « l’allégeance » à « l’engagement » occupés à se chercher un point de chute. Sait-on jamais ! Ce phénomène se passe dans les deux camps. La semaine dernière a été riche en « cérémonies de signature » par des néo-convertis à la Charte des Assises nationales, qui avaient été lancées en juin 2008. Ou étaient-ils alors ? A leurs affaires pardi ! En ces temps-là, la Bonne gouvernance c’était pour les autres! D’autres, ayant gravité dans une cour qu’ils qualifient aujourd’hui de déliquescente, démissionnent, pour les plus « courageux », Une autre catégorie inclut ceux qui ont effacé leur trajectoire historique, pour s’engager dans un chemin de croix qui conduira assurément à un avenir cadavérique sur la tombe duquel on pourra lire cette épitaphe : « ci-git une part de nous-mêmes, cette rage par laquelle nous avions été « révolutionnaires ». Quelques uns se terrent et se taisent. Tous, transhumants ou nouveaux alliés (cela dépend du camp où l’on se trouve) posent le « principe d’un républicanisme bruyamment invoqué qui s’accommode depuis longue lurette d’étranges compagnonnages » et pratiquent, « cette stratégie [qui] consiste à créer des clivages, pour s’assurer une captation optimale des ressources et limiter de cette manière les pertes possibles en cas de changement d’équipe au pouvoir ».
C’est dans cette ambiance générale qu’il est demandé aux Sénégalais de « prier pour la paix. Même si la démocratie n’est jamais une mer d’huile, là prend tout le sens de la démagogie des politiques, qui menacent soit « d’utiliser tous les moyens dont la République s’est dotée, s’il y a des dérapages (dixit Maître lors du rassemblement de la Cap 21 à la place de l’Obélisque le 23 janvier), soit « qu’il n’y aura pas d’élection si la candidature de Wade est validée par le Conseil constitutionnel (selon Amath Dansokho, à Guédiawaye, lors de la manifestation du M23, le même jour). Aucune proposition pour un meilleur avenir du Sénégal et des Sénégalais, pas plus de souci rétrospectif qu'ils ne développent de vision à long terme. On appelle à la paix, tout en traçant une ligne Maginot pour le camp d’en face, qui peut se muer un facteur de troubles et d’alibi à tous les excès.
Jean Sérisé, un des architectes de la comptabilité publique française avait ainsi répondu à une journaliste qui l’interrogeait sur des candidats à une élection: « Tous ceux qui briguent les plus hautes fonctions sont fous. Mais il y a trois sortes de fous. Les « pas assez fous » qui n’y arrivent pas. Les « trop fous » qui échouent toujours. Il n’y a que les « justes assez fous » qui réussissent.
Mais ne l’oublions pas. Eux aussi, ils sont fous ! Alors, à nous de signer les ordres d’internement.
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| Commentaires
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Posté par Le Peuple, 2012-01-27T10:49:47+00:00 |
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Bonjour,
Très brillante analyse. C'est vraiment dommage qu'on en arrive à ce stade.
Ils se font des menaces entre eux. A mon avis, le M23 se trompe de cible. Au lieu de crier sur tous les toits "qu'on acceptera jamais la décision du conseil constitutionnel s'il valide la candidature de Maitre", (et si leur candidature est rejetée, ils feront quoi, dites moi), je leur conseillerai d'aller voir les citoyens, surtout ceux qui sont hors de dakar, et leur expliquer que cette fois il ne faudra pas voter pour Maitre, parce qu'il est agé........
Parce que l'opposition oublie que ce sont les cartes qui élisent un président et non la rue.
De grace, épargnez nous ces va-t-en guerre.
Encore Félicitations et Encouragement pour le groupe "Sud Com" |
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Posté par Ndiaye, 2012-01-27T15:54:30+00:00 |
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Bel article, trés lucide analyse de la situation. dans le fond et dans la forme ainsi que dans le style, je suis tombé sous le charme. Dommage que je ne puisse pas le partager sur Facebook. |
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Posté par Serigne Cheikh, 2012-02-01T15:54:18+00:00 |
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Vous sauvez l'honneur de ce pays par la finesse, l'objectivité et la clarté de votre propos qui sont aujourd'hui les valeurs les moins partagées dans votre métier. Toutefois, je pense que la question demeure entière, car même s'ils sont fous, ils ne cessent de poser chaque jour de vrais problèmes...auxquelles d'ailleurs ils apportent de très mauvaises réponses, je vous le concède.
En effet, que vaut la paix dans un pays où il n'y ni éthique des gouvernants, ni équité de la justice et où l'irresponsabilité de l'élite politique est la chose la mieux partagée? Voilà mon problème. |
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Posté par bathie, 2012-02-02T18:10:39+00:00 |
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Sublime article, chère soeur Henriette! Ca ne provient pas d'un disque rayé. Fraternellement. |
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Posté par Londonistan, 2012-02-03T10:59:47+00:00 |
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Le seul edito sur le senegal que je lis. Always looking forward to the next one.
You always deliver. Dense (par l'analyse), sarcastique (sur la forme avec son bon lot de digressions) mais un fond serieux. You made my day, again. Thanks. |
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