COUPE D’AFRIQUE DES NATIONS
La co-organisation fait débat
Publié le 07/02/2012 | 05H18 GMT par Abdoulaye THIAM
 
Après l’expérience de 2000 avec le Ghana et le Nigeria qui avaient plutôt suppléé le Zimbabwe, le Gabon et la Guinée-Equatoriale ont conjointement organisé la Can 2012. Une nouvelle expérience diversement appréciée, notamment les journalistes.
 
(Envoyé Spécial à Libreville) – La Confédération africaine de football (Caf) a confié pour la deuxième fois de l’histoire l’organisation d’une phase finale de Coupe d’Afrique des nations(Can)  à deux pays différents.
Après l’expérience de 2000 avec le Ghana et le Nigeria, la Caf a accédé à une candidature conjointe du Gabon et de la Guinée-Equatoriale. Une expérience diversement appréciée par les journalistes.

«Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Je crois que la Guinée-Equatoriale n’était pas prête. Nous avons eu beaucoup de difficultés là bas, notamment sur le plan du transport où il n’y avait pas de navette entre les aéroports, les hôtels et les stades. Il fallait impérativement prendre des taxis ou marcher plus de 4 km», relève Robby Echelmeyer de la Télévision allemande, Zdf.

Mais, ce qui a le plus frappé notre confrère, ce sont les tracasseries policières. «Il y avait une forte présence policière. Elle était même agressive souvent. Surtout à Bata où il y avait une très mauvaise organisation. On chassait presque les photographes», regrette-t-il.

 Tibet Kipré de l’Expression (Côte d’Ivoire), va plus loin. «Je pense qu’il faut arrêter de confier l’organisation d’une Can à deux pays. Ce n’est pas facile. Ils ne pourront jamais faire la même chose. A Libreville, l’organisation est presque parfaite. La salle de presse est digne de celle d’une Coupe du monde que nous avions vu en Afrique du Sud en 2010. En revanche, à Bata (Guinée-Equatoriale), c’est une salle de hand-ball qui a été aménagée. Ce n’est pas mauvais. Mais, on peut faire plus», relève-t-il.

Pour avoir couvert la Can 2000 et celle 2012, il précise : «il faut essayer de confier l’organisation à un seul pays et le doter de moyens de réussir son organisation. Au Gabon, vous avez des navettes, mais en Guinée-Equatoriale, il n’y a rien».

Pis, ajoute-t-il, «le fait de jouer des quarts dans un pays et les demies dans un autre, épuisent les journalistes et les joueurs aussi. Ça devient presque impossible. C’est pourquoi, personnellement, je ne voudrais pas qu’une telle expérience soit renouvelée par la Caf».
Moins tranché que les deux confrères, David Ngoa, journaliste à Goal Magazine de Niamey au Niger dira qu’il faut plutôt  poursuivre les expériences de la co-organisation.

«Il faut le refaire. Mais, il faut mieux préparer les gens. Entre le Gabon et la Guinée-Equatoriale, la différence se situe au niveau de l’accueil. Mieux, il ne faut pas perdre de vue que c’est plutôt le Gabon qui a soutenu le projet. La Guinée-Equatoriale a encore beaucoup à apprendre. L’utilisation des volontaires en est une parfaite illustration. Les Gabonais font preuve de beaucoup de bonne volonté dans l’assistance des médias. Ce qui n’est pas le cas en Guinée-Equatoriale».

Toutefois, David Ngoa dit trouver «bizarre» que les aéroports soient vides à une certaine heure en Guinée-Equatoriale. «Nous avons eu beaucoup de problèmes notamment sur les visas d’entrée. Pour quitter Bata afin d’aller à Malabo, il faut un cachet de sortie. Mais, à certaines heures, vous ne trouvez personne. Et si vous allez à Malabo sans le cachet, on vous crée des problèmes», déplore-t-il.

En revanche sur le plan des infrastructures, notre confrère du Niger estime que la co-organisation est une «excellente» chose pour l’Afrique, notamment pour certains pays. Parce que soutient-il, «aucun pays émergent ne peut soutenir l’organisation d’une Can. Il faut être deux pour le faire. A moins que ce soit l’Afrique du Sud ou les pays du Maghreb. Le Gabon et la Guinée-Equatoriale ont réussi une grande prouesse avec une salle de presse de Libreville qui n’existe nulle part ailleurs».

Interpellé sur la question, Suleiman Habuba, Directeur de la communication de la Caf, tout en se gardant de déclarer que l’instance du football africain va renouveler une telle expérience, précise qu’il est du ressort du comité exécutif de la Caf.

Sur les difficultés, M. Habuba dit attendre d’être saisi officiellement de certaines tracasseries pour réagir.
Toutefois, il est revenu sur ce qui amine le choix de la Caf. «Lorsque la Confédération africaine de football a attribué les compétitions 2010, 2012 et 2014, c’était pour donner l’opportunité aux pays hôtes de se préparer. Mieux, l’objectif était de leur donner beaucoup de temps. C’est ainsi que le Gabon et la Guinée-Equatoriale, ces deux grands pays, ont déposé une candidature conjointe pour l’organisation de la Can 2012», a-t-il confié.  Et d’ajouter : «Nous avons pensé que c’était une approche réaliste. Parce qu’un des objectifs de la Can, c’est de doter des pays d’infrastructures, d’installations sportives avec l’implication profonde des Etats, des gouvernements. Parce que contrairement aux pays de l’Europe de l’Ouest où le secteur privé joue un très grand rôle où les clubs ont leur propre stade, en Afrique la situation est autre. La Caf permet donc aux pays de se doter des infrastructures sportives tout en organisant la Can. Après l’expérience du Ghana et du Nigeria en 2000, nous pensons que ça a encore été une bonne idée de renouveler la co-organisation».

A noter que la première expérience a eu lieu en 2000. La Can devait être organisée par le Zimbabwe, mais un an avant le début de la compétition, la Caf a décidé de leur retirer l'organisation, du fait  de  retards dans la construction et la rénovation des stades, la candidature conjointe du Ghana et du Nigeria a été acceptée. C'était la première fois de l'histoire qu'une compétition majeure de football était organisée par deux nations en même temps (avant l'Euro 2000 et la Coupe du monde de football de 2002).
 
 
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