La pyramide des âges !
Publié le 09/05/2011 | 07H08 GMT par Abdoulaye THIAM
 
Intimidé ! Voilà le mot. Quand je suis arrivé à Sud quotidien, un matin du 6 août 2001. Gagné par la peur, j’étais tout simplement impressionné de mettre enfin un œil sur les grandes plumes dont je me délectais tous les matins, depuis mon Fouta natal jusqu’à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
 
Sud, c’était ma tasse de thé. La plupart des jeunes de mon âge, qui n’ont connu que le régime socialiste, voyaient en ce journal, une vitrine des sans-voix. Mais pas une fois je n’imaginais me retrouver journaliste au sein de ce groupe.


Je ne pensais, à l’instar de tous les jeunes du terroir, qu’à poursuivre mes études en Europe, m’installer en France et gagner ma vie. Pour me convaincre que la France des années 70 n’était plus celle de l’an 2000, mon frère Alassane m’invite chez son ami de toujours, Demba Ndiaye. Le journaliste aux rastas. L’homme du maquis, de la Casamance. Demba dont les enquêtes et dossiers fouillés dans cette partie du Sud du Sénégal, pleins d’audace et de courage, étaient soigneusement rangés dans mon sac.


Après plusieurs heures de discussion, autour d’un bon thiof grillé à point, le Grand Reporter me propose de rejoindre la rédaction de Sud comme stagiaire et d’y faire carrière. Ce que je fis le lundi 6 août en débarquant à l’immeuble Fahd. “Hey, jeune homme, vous allez où ?“, me fit un des vigiles à l’entrée. “J’ai rendez-vous avec Demba Ndiaye“…


Les ascenseurs étaient libres, mais j’empruntais les escaliers. Sous la pression du stress, en quelques secondes, je me retrouve dans la salle d’attente. Là encore, un autre vigile m’interpelle en me posant la même question. Le stress monte d’un cran.


Informé de ma présence, Demba qui venait juste de terminer la réunion de la rédaction, me rejoint. : “Nègre, viens. Suis-moi !“. Il claque une porte en fer à gauche, une autre en bois à droite sans se retourner pour s’assurer que je le suis. S’adressant à un Monsieur qui était assis devant un bureau : “Ndiaga, je te présente le jeune garçon dont je t’ai déjà parlé“. J’ai compris qu’il s’agissait de Abdoulaye Ndiaga Sylla, le directeur de publication. Après quelques échanges,  la décision est alors prise de m’envoyer au desk Sports, alors que mon cœur battait pour la Politique. Grand bien m’en fit. 


D’abord, pour avoir côtoyé deux merveilleuses personnes. Serigne Mour Diop qui était mon chef de desk (même s’il m’a fait battre le record des demandes d’explications en quelques mois seulement) et surtout Mbaye Kassé, mon grand-frère au vrai sens du terme. Merci my GRAND ! J’ai envie de dire Merci à tous !


Je n’ai certes pas eu la chance de côtoyer feu Ibrahima Fall, alias Petit Chef, ni Sidy Gaye, ni Ibrahima Bakhoum, ni Tidiane Kassé, ni Bocar Niang à propos desquels le personnel de Sud ne tarit pas d’éloges, mais je dois avouer que j’ai été aidé, couvé, poussé, protégé par ceux-là que j’ai trouvés sur place. Sud c’est Sud, même si je voudrais insister sur Mbaye Kassé et Charles Dioh.


Parce qu’il faut le dire, au départ, je ne savais même pas allumer un ordinateur. 

Sud c’est plus qu’une école. C’est une famille. Un état d’esprit. Je me souviens encore de la première réunion de rédaction à laquelle j’ai assisté. J’ai commencé à me poser des questions, des questions du novice débarqué dans l’antre du savoir. Etais-je réellement à ma place ? La critique du journal. La revue de presse de la concurrence. Les ratages. Un éternel recommencement. Personne n’est jamais satisfait. Sud est tout simplement une ascèse. Pour tenir, il faut s’alimenter tous les jours. C'est comme se brosser les dents avant de se coucher.


De la rigueur de Vieux Savané qui m’a dit un jour : “jeune homme quand tu écris un papier, tu souffres“.  Bacary Domingo Mané utilisera plus tard un terme plus sensuel pour ne pas dire intime. Pour lui, “quand on écrit un papier, on j…“. Je me demande d’ailleurs pourquoi, cet adepte de Nietzsche, ne consulte pas plus souvent le dictionnaire comme je l’avais constaté à mes débuts à Sud ; - au professionnalisme de mon «père, Abdoulaye Ndiaga Sylla, en passant par le sens de l'information de Saphie Ly (a diarama ma sœur !). 


Il arrivait souvent, au retour d’un reportage, qu’elle demande “c’est quoi l’information ?“. Tu as intérêt alors à lui donner quelque chose de “bandant“, pour paraphraser Vieux Savané. Sinon, sois sûr que ton papier ira directement à la poubelle.


J’étais vraiment fier de moi-même. Surtout quand mes parents émigrés en Europe ou ceux restés au village, m’appelaient pour s’enthousiasmer de voir ma signature dans ce journal de référence.


Mais, ils n’imaginaient pas le stress, la peur que j’endurais chaque soir, avant que Abdoulaye Ndiaga Sylla ne mette sur ma feuille, les deux fameuses lettres : “OK“. C’est-à-dire “publiable“. Le chemin était très long. Trop long même. De Mbaye Kassé en passant par Serigne Mour Diop, il passe par plusieurs “chirurgiens“. Il m’arrivait souvent de dire que je ne savais rien. Que j’étais nul. Qu’il fallait que j’aille poursuivre mes études. J’avais honte de voir les ratures noircir ou rougir la feuille de mon papier. Les phrases complètement barrées et très bien reformulées sans être dénaturées de leur sens. Un titre charcuté.

 
Le comble, c’est quand c’est Demba Ndiaye qui vous corrige et vous balance : “c’est un torchon, ça. Bordel, tu travailles à Sud“. Mais au fil du temps, je me bonifiais. Je gagnais de plus en plus de confiance toujours sous la direction et les conseils de Mbaye Kassé.



De l’apprentissage à la responsabilisation


Toute entreprise vit, grandit, atteint sa vitesse de croisière, arrive à maturité. Et si on n’y prend garde, en ayant une vision introspective et prospective sans complaisance, elle risque de péricliter. SUD n’a pas pu échapper à cette règle universelle. Toutefois, les coups des compagnons d’hier, bourreaux d’aujourd’hui, en sont pour beaucoup dans la situation que traverse le groupe. D’ailleurs, il m’a fallu du temps, beaucoup de temps, pour comprendre que le brûlot de Abdou Latif Coulibaly “Wade : un opposant au pouvoir, l’Alternance piégée“ n’expliquait pas entièrement toute la haine viscérale du pouvoir libéral contre Sud.


Quand j’arrivais à Sud, ironie du sort, j’avais exactement 25 ans. L’âge de Sud d’aujourd’hui. Babacar Touré avait déjà pris du recul. Je n’ai donc pas eu la chance de le côtoyer dans les réunions de rédaction. Je l’ai rencontré pour la première fois dans un ascenseur. Lui, me connaissait peut-être. Ne ce serait que par ma signature. Habillé d’un grand boubou blanc, il lance : “jeune homme, tu sors d’où ?“. Je me retourne, lève la tête (il le fallait, avec mon 1,75 mètre, par rapport à mon interlocuteur) et je lui réponds : “c’est Demba Ndiaye qui m’a amené à Sud“. Il rétorque : “Ah, tu fais partie du lobby hal pular ?“. Et il ajoute en éclatant de rire : “vous faites face au lobby de Sokone ?“.


Je finis par comprendre que c’était lui Babacar Touré quand un jour, j’écris un papier intitulé : “El Hadji Diouf pète les plombs“. Il me fait convoquer dans son bureau. Je passe sur la discussion que nous avons eue ensemble en présence de Vieux Aïdara.


Mais ce qui m’a le plus marqué, c’est quand il a débarqué dans notre bureau en demandant à Serigne Mour Diop : « qui est ce qui écrit sur la démission de Saïd Fakhry ?» C’était en 2004 ? Je réponds : « c’est moi ». J’avais alors presque terminé mon papier et il me lance : “my boy, je ne veux pas voir dans le journal de demain des titres du genre : “Fakhry a démissionné ! Fakhry rend le tablier ! Tes confrères de la radio ont déjà donné l’info“. Et c’était exactement un des titres de mon papier.


Je regarde mon chef de desk et Mbaye Kassé me dit : “tu n’as pas décrypté le message ?“. Je compris qu’il fallait alors chercher les raisons de la démission. Ce soir là, j’ai fini par trouver. Les pressions familiales avaient eu raison de Saïd Fakhry que le mouvement associatif sénégalais avait du mal à accepter, parce que “parachuté“ par le tout nouveau ministre des Sports d’alors. A Sud, il faut être original et rigoureux dans l’écriture.


Sous la direction de Abdoulaye Ndiaga Sylla, Sérigne Mour Diop et Mbaye Kassé, je contribue à “mouiller“ les ailes du Coq Sportif équipementier de l’équipe nationale d’alors et obliger Pamodzi de briser son silence alors qu’il était tenu par la clause de confidentialité.


Le desk Sports de Sud décroche ensuite un scoop en diffusant le rapport de la Cour des comptes sur la gestion du Mondial 2002. L’information fera l’effet d’une bombe. La suite est connue. Je me souviens encore des récriminations d’un grand responsable du football du sénégalais qui, en pleine assemblée générale de la Fédération sénégalaise de football (Fsf), a eu l’outrecuidance de demander aux délégués de “briser l’élan de Sud“ qui, estimait-il, dictait même le choix du sélectionneur national, par ses prises de position. 


Mais, là où le politique a échoué, ce n’est pas le sportif qui réussira. Je me souviens encore des dossiers “Sénégal Pêche“, des titres : “Le Khalife s’engage“, “L’Envol d’un Immortel“, de l’édito de Babacar Touré: “Alterner l’Alternance“. 


Je n’ai pas connu la rue de Raffenel, encore moins celle de Bayeux, mais à l’immeuble Fahd, j’ai aussi eu la chance de côtoyer des journalistes qui avaient fini d’acquérir une certaine expérience. Dans ce lot où figurent Vieux Savané (mon Red Chef) qui sera par la suite remplacé par Malick Rokhy Bâ, Feu Mame Ola Faye (Grand, saches que même là où tu es, je n’ose pas m’asseoir à ta mythique place lors des réunions de rédactions), Mame Ali Konté (M. Environnement), Oumar Khoureyssi, Malick Diagne (Décentralisation), Thiémokho Coulibaly (Photographe), Bassirou Ndiaye, Bacary Domingo Mané, Félix Nzalé, Madior Fall, Mamadou Mika Lom (Education), Malick Ndaw, Mounirou Fall, Ismaïla Sarré, Moussa Diop, Amy Sakho (sur elle, je dirais : Thié toi-même, tu sais), Karine, Nalla. 


Toutes ces personnes ont essayé tant bien que mal de maintenir la flamme allumée par Babacar Touré, Abdoulaye Ndiaga Sylla, Sidy Gaye, Feu Ibrahima Fall, entre autres.


Et comme les autres, j’ai aussi connu les fameuses macintoshs. Ces stressantes machines qui s’ajoutaient à la pression du bouclage. Je me souviens encore de cette prise de gueule entre Bassirou Ndiaye (parti aujourd’hui à la Sonatel) et Bacary Domingo Mané à propos de l’une d’elles. C’était un casse-tête d’en trouver une disponible. Au desk Sports, Mbaye Kassé n’hésitait pas à extraire le disque dur de notre machine pour ne pas avoir à faire la queue tous les après-midi pour écrire et d’être laissé en rade pour la voiture de 21 heures. Ouf, les chauffeurs de Sud ! Mamour Sakho et Babacar Seck. De vrais boss. Impossible de les localiser surtout aux heures de reportages. Mais quels professionnels quand ils le veulent !


Malheureusement, les vicissitudes de la vie font que parfois, les uns partent et reviennent, les autres pour de bon. Mais quand on a fait partie d’une famille, on y est pour de bon. “My boy, il faut bouillir la marmite“, me disait avec beaucoup d’humour un d’entre nous. J’ai alors compris que les “moyens de vivre“ avaient fini de prendre le dessus sur les “raisons de vivre“, chères à Hubert Beuve-Merry, président fondateur du journal “Le Monde“.


Mais Sud est éternel. Ceux qui sont restés en acceptant d’avaler des couleuvres nonobstant les pressions familiales et en faisant fi des sirènes des “débaucheurs“, tiennent haut le pavillon de cette baraque qui est devenue une institution. Tenez bon les mecs ! L’avenir s’annonce radieux. Parce que Sud ne mourra jamais. Never !


Nous avons vécu un tsunami dévastateur sans précédemment avec des attaques tous azimuts. Mais dignement, nous avons serré la ceinture. Parce que Sud, c’est plus qu’un ESPRIT. C’est une FAMILLE. Elle s’élargit jusqu’au service commercial et administratif. N’est ce pas tonton Amdy (mon directeur). Charles (mon frère, big up), Sidy Diaw, Diadine Niang, Fatou Diop, Mame Fatou, Maguette Guèye, Aliou Bâ, Amara Niasse, Bara (l’attaquant), Sané, Niang. J’en passe.


Ma conviction, c’est que la tempête est passée et, nous n’avons pas perdu le Nord. La jeune génération est prête à poursuivre l’aventure. Alors, chers Babacar et Ndiaga, je vous tutoie pour la première fois, mettez nous dans les conditions de performance et demandez nous des résultats. Vous verrez que SUD retrouvera sa place d’antan pour les 25 prochaines années. Parce que Sud ne vous appartient plus. Il appartient à tous les Sénégalais qui l’aiment, pour ce qu’il est et non pas ce que l’on voudrait qu’il soit. Bon anniversaire à TOUS !
 
 
Commentaires (2)
Posté par elton john, 2011-05-11T17:10:14+00:00  
Je me souviens encore du dossier sur le football sénégalais après le Mondial 2002. Joyeux anniversaire les gars. Sud forver. J'ai aimé la chute de papier. Je veux parler de l'engagement.
Posté par fatima, 2011-05-11T17:13:06+00:00  
Salut Thiam. J'ai beaucoup aimé ton papier. C'est bien d'avoir de la reconnaissance surtout envers une personne comme Mbaye Kassé. C'est un type bien et généreux. Mais à quand les retrouvailles de toute la famille Sud?
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