WADE
Les mobiles de la candidature de trop
Publié le 04/02/2012 | 02H35 GMT par Mame Aly KONTE
 
Le pays brûle, mais Wade fait comme si… Jusqu’à quand ? Derrière ce silence sournois, mesquin empreint d’un manque de respect notoire pour le peuple qui l’a porté au pouvoir au soir du 19 mars 2000, celui qu’on voulait voir comme le président de tous les Sénégalais, est resté un simple chef de parti. Les raisons de cet entêtement sont aussi simples parce qu’entourés d’un probable mélodrame dans lequel, le psychanalyste peut deviner aisément, la réponse à traves la fin d’une époque d’abondance qui conduirait toutes ces familles aujourd’hui riches du don de la nation en leur faveur, à la pauvreté subite ou à l’exil. Un autre drame.
 
Alors que faire pour Wade et compagnies sinon s’accrocher jusqu’à la rupture ? Les raisons sont encore simples à analyser. On s’est enrichi, mais cela ne suffit pas encore ; parce que le meilleur est encore à venir. Si 2000 était une année bénie, 2012 qui marque la fin d’une belle époque, est arrivée trop vite. Arrivé au pouvoir à plus de 75 ans, le président Wade a vu les années se cumuler et passer comme la lumière. D’ailleurs, même son ami et fils Nicolas Sarkozy répétait la même chose dimanche 29 janvier, quand notre confrère Laurent Delahousse de France 2 lui a demandé si le temps de cinq années de présence à l’Elysée n’était pas allé trop vite. S’il ne regrettait pas le temps du septennat ? Honnête, le président français lui a répondu que c’était effectivement allé vite ; mais il ne souhaitait pas changer ce que le peuple avait décidé.

Alors pourquoi Wade s’entête ? A la question simple d’un observateur, un autre répondra parce qu’il a des choses à terminer. Lesquelles. Réponses encore simples : l’aéroport de Diass n’est pas encore terminé. L’aire de l’aéroport Senghor est encore en vente et n’a pas donné tout l’argent espéré. Après le monument de la renaissance, on attend encore les retombées. Et encore. Pour dire qu’il y aura des morts, des blessés, mais l’homme est convaincu que ce sont des morts pour rien.

Pendant que le Conseil constitutionnel a fini d’accepter sa candidature et de la conforter, (sans tenir en compte l’esprit dans lequel la constitution nouvelle a été adoptée avec l’appui et la consolidation de toutes les forces qui combattent aujourd’hui), les risques de dérives qui entouraient une telle décision contre le peuple sont bien campés. On y est d’ailleurs de plein pied. Mais la raison fondamentale qui heurte les bonnes consciences au Sénégal, est que beaucoup parmi les gens qui entourent le président depuis dix ans, sont sortis de la précarité, une fois arrivé au pouvoir. La honte pour une démocratie. Dire que la pauvreté subite fait peur réellement au candidat lui même qui refuse la retraite aujourd’hui pendant qu’il y envoie nombre de Sénégalais de 60 ans ou moins ; lui qui en a 85 ou 86. La folie du pouvoir aussi. Celui qui disait 1988, au sortir de son entrevue avec Abdou Diouf au lendemain d’une présidentielle de tous les dangers, «  ne jamais marcher sur des cadavres pour accéder au pouvoir » est aujourd’hui protégée par une police et une gendarmerie armées jusqu'aux dents.

 Ces dernières qu’on a vues parader en ville toute la journée de mardi alors que rien de grave n’était annoncé, n’hésitant pas à agresser, à tirer sur des gens qui disent non à sa candidature. Une candidature, semble-t-il, qui n’a rien de légal suivant sa propre déclaration et que la presse européenne (française plus particulièrement) minimise. Je veux nommer le rédacteur en chef du Quotidien Le Figaro, en la personne d’Yves Thréard qui disait mardi soir sur les antennes de la Chaîne I-Télé, que Wade quoiqu’il arrive se présentera et gagnera la présidentielle. Sans commentaire… Le Sénégal n’est pas la Syrie de Bachar El Assad que l’on tente de dompter pour épargner la terre d’Israël d’un autre ennemi gênant. Le Sénégal n’est pas l’Egypte ou la Tunisie, pays aux portes de l’occident. Encore moins la Libye de Khadafi.

Un bluffeur malheureux


Voilà, là où le mal semble blesser aussi du côté du regard que l’extérieur jette sur ce qui se passe au Sénégal. On  parle de probable dérive monarchique. Mais, en dehors de la dénonciation de pays comme les Etats-Unis, qui est intéressé par le Sénégal ? Un pays sans pétrole, sans or en quantité. Sans uranium comme le Niger… Avec une économie opaque, tournée plus vers l’extérieur que le pays. Un pays où pour s’enrichir, on peut faire tout et n’importe quoi pourvu que cela ne touche pas aux intérêts des soi-disant grands de ce monde. Alors, des morts comme pour ce mardi, il y en aura eu encore plus que cela ne les intéresserait pas trop.

Et cela, Wade le sait. Mais le pouvoir rend fou. Il ne fera ni déclaration. Il fera comme s’il n’était pas au courant. La meilleure des stratégies étant de ne pas parler des choses sur lesquelles le peuple l’attend. Comme tous ces morts et blessures graves qui ont émaillé la marche de son premier septennat et le second qui s’achève encore dans le sang. De Balla Gaye à Mamadou Diop avant-hier, en passant par Talla Sylla, Malick Ba et son autre malheureux homonyme Malick Ba. Le journaliste et confrère qui a été violemment  touché lors de la manifestation du M23 de la semaine dernière. Wade n’est sans doute pas heureux de tout cela, mais que peut-il faire ? Tout sauf la sourde oreille en continu. Le pays demande à l’entendre. Et il le sait encore.

Mais en faisant semblant de ne pas tomber à la seule demande d’une opposition (dont l’éparpillement et la dispersion des voix restent le principal point faible), le président et son staff, fermeront toutes les portes à la négociation tant qu’ils seront sous la garde de la police et de la gendarmerie. Mais, est ce que cela peut durer l’éternité jusqu’à la fin de la campagne électorale et des élections si elles ont lieu ? La réponse n’est pas simple pour lui. Et cela, les Sénégalais l’ont compris depuis un moment.

A la suite des Assises nationales, un consensus s’est sans doute dégagé : celui de bouter Wade et sa famille du pouvoir. Deux options étaient offertes à lui : quitter le pouvoir par la grande porte après ce deuxième mandat. Ou attendre qu’on aille le cueillir au palais quoiqu’il arrive. Et ce combat, loin des leaders de l’opposition, c’est celui des jeunes. Des jeunes filles comme des garçons qui ont promis de se battre tout le temps, jusqu’ au départ de Wade et alliés. Quoiqu’il arrive, leur temps semble compter.

L’ancienne génération qui l’a mis au pouvoir s’étant réfugiée dans l’arrogance et l’aveuglement, la nouvelle génération se chargera de lui rappeler que le Sénégal ne s’est jamais appelé Wade… Et ne se confondra jamais aux intérêts d’un parti et d’une coalition sans cohérence dans laquelle, même les hommes et femmes de raison ont nul doute, définitivement perdu la foi et la raison…

 
 
Commentaires (2)
Posté par diagana, 2012-02-04T17:31:57+00:00  
meme si je reconnais la profondeur de votre article en terme e diatribe et de diabolisation de l'homme d'etat, vous perdez cependant de vue que que les autres de l'opposition ont bien le vent en poupe par le bouclier que vous dresser comme si Maccky ,Idrissa ,Tanor et autres sont exempts de reproche.Par delà la colère et le caractère partisan ne faut-il pas comprendre que souvent les "figurants "dans ce cas d'espece sont dangereux que le principal acteur,car ,par leur perfidie et le manque de légitimité que le M23 semble leur ravir ,au lieu de prendre des initiatives ,ils se meuvent dans les contorsions imposées par ce mouvement que je salue bien Bas.D'abord ,les assises nationales ont donné mis à nu les ego de chacun de ces chefs qui se pensaient former une union sacrée pour sortir Wade ,chimere.Âpres les morts, qu'ont ils dit ou déclare ,mefiance du lâche.Aussi ,je suis au regret de constater que ces opposants de circonstance vendent les dépouilles des morts de manière éhonté alors que le bon sens politique les invite à aller aux élections dans la paix ou ils déclarent solennellement le boycott ce qui aussi est une marque de courage poétique .Au passage je ne soutiens ni wade ni les autres ,je constate tout simplement une sorte d'amplificatin autour de wade en dedouanant les autres sensé avoir la meme ambition.
Posté par NGAGNE, 2012-02-09T15:01:50+00:00  
Article pertinent certes mais quelques passages à relever
l'ancienne génération qui l'a mis au pouvoir ne s'est pas refugié dans l'arrogance ni dans l'aveuglement,elle s'était mis en marge des activités de la société anéantie par la désillusion et le désespoir qui ont accompagnés les 12 ans de reigne que cet homme a passés à se servir et à servir son clan au détriment du peuple qui l'avait porté au pouvoir.Cette génération qui a déjà son mea culpa revient au devant le scéne ,en accompagnant le combat de la nouvelle génération
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