KAFFRINE-RELANCE DE L’AGRICULTURE
Les paysans entre amertume et nostalgie
Publié le 15/02/2012 | 04H57 GMT par Cheikh Tidiane MBENGUE
 
Grenier agricole de l'ancien bassin agricole, la région de Kaffrine traine un terrible paradoxe. Remarquable pôle de l’agriculture, la région historique du Ndoucoumane est pourtant l’une des zones les plus pauvres au Sénégal au niveau des ménages qui souffrent de plus en plus pour se nourrir. Partagés entre nostalgie et amertume, les paysans rappellent, à qui veut l’entendre, les bons souvenirs de l’époque de Senghor. 
 
Avec un taux de plus de 65 % des ménages vivant au dessous du seuil de pauvreté, la région de Kaffrine,  occupe pourtant la première place en matière de production nationale en  arachides avec 252 099 tonnes soit 23,48 % et second dans celle des céréales, selon les statistiques de 2011. Un lourd paradoxe qui pousse aujourd’hui, les observateurs à s'interroger sur la politique agricole de l'Etat. En effet, sur les 600.000 habitants qui y survivent aujourd’hui, plus de 400 000 personnes n’arrivent pas à assurer leur sécurité alimentaire.


Un décor peu reluisant que ces moment que campagne ravivent. Dans ces campagnes où l’eau est rare à certains endroits, seuls 67,7 % des habitants ont aujourd’hui accès à l’eau potable. Pour ce qui est de l'éducation Nationale, le taux de scolarisation élémentaire reste le plus bas du pays. Erigée en région depuis les réformes de  2008, Kaffrine porte toujours les stigmates du passé en matière d'infrastructures  institutionnelles, routières et industrielles. Avec  une superficie de 11 492 Km2, presque deux fois plus grandes que la région de Thiès, Kaffrine compte aujourd’hui une population estimée à 600 000 habitants.

Mais, aujourd’hui, malgré ces multiples atouts de la nature conjugués à ses milliers d’hectares de terres arables  et l’étonnante vigueur de ses cultures céréalières le tout doublé d'importantes ressources pédologiques et forestières, la région n’existe encore que de nom. Sa population visiblement inactive n’est pas en mesure d’assurer son autosuffisance encore moins  sa couverture sanitaire. La politique de  commercialisation arachidière assure un faible revenu aux  paysans qui sont laissés à la merci d'intermédiaires véreux et sans vergogne. Déplacés en masse pour les besoins du
lancement de la campagne électorale, les paysans ont clamé leur nostalgie des moments d’abondance sous le règne du regretté président-poète, Léopold Sédar Senghor tout comme de son successeur Abdou Diouf. Kaffrine se souvient encore de ces époques. Refusant de donner carte blanche à tous les gouvernements de l’alternance qui, bien qu'ayant  injecté des milliards dans le secteur agricole, a plus contribué à les appauvrir.

C’est pour cela, qu’ils ont exhorté le candidat vainqueur qui devrait sortir des urnes avec le seul souci, d’encadrer et d’organiser la politique agricole comme au temps de Senghor où ils recevaient tous les matériels et intrants à temps. Parole de paysans. Même s’ils se réjouissent d’être leader dans la collecte de la production nationale d’arachide, ils disent qu’ils peuvent produire plus car la plupart d’entre eux, ne cultivent plus, parce que l’agriculture ne fait plus vivre son homme.

Aujourd’hui, obligés de bazarder leur production à des commerçants peu soucieux de leur avenir, les processus d’appauvrissement dans le Ndoucoumane semblent s’accélérer. Par dépit, ils ont promis de réserver  leurs cartes électeurs au candidat qui présentera le meilleur profil par rapport à leurs préoccupations et non pas à ceux qu’ils ne voient qu’en période électorale.
 
 
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