Mon Sud à moi, Où le temps de s’assumer
Publié le 07/05/2011 | 07H20 GMT par Charles FAYE
 
Vingt-cinq ans ! Ai-je tant vieilli ? Ai-je pris de la bouteille ? Que de questions, toutes existentialistes, essentielles, les unes sûrement plus que les autres. Il y eut un âge où je voulais plaire, un autre où je me devais de (dé)plaire, et enfin celui d’aujourd’hui, terrible, où je suis devenu ce que je suis. Un homme, un produit. Est-ce le projet initial ? Est-ce l’aboutissement ?
 
Voilà la réflexion à laquelle m’invite « Mon Sud à moi ». Terrible réflexion que cette introspection sans concession traversant le cortex. Comme une lame au fond d’une âme. Je le réfuterai à corps et à cri qu’il reviendrait à grand pas, chargeant le conscient de ses vérités. Oui, comme beaucoup d’autres de ma génération ou non, nous avons été formés, formatés. Non pas uniquement par la pensée Sud mais aussi par sa philosophie de vie. A la constante salvatrice, simple : exister autrement que Senghor ne l’a toujours ordonné et exigé. Exister conformément aux aspirations : les nôtres, celles du peuple.  

De ce point de vue, Sud aura insufflé le culte d’un rituel, celui de la réflexion et du partage, dans un espace certes réduit (pagination) mais non moins relevé et révolutionnaire, parce que «politiquement incorrect» et magistralement approprié par les purs et durs : les Hommes. Des hommes et des femmes. Forcément, conséquemment.

Jeune, me devant de plaire, j’en fus ébloui au point de m’enflammer dans les discussions de salon. Dans ce registre, j’existais par excellence. Je n’en mesure que mieux, aujourd’hui, pourquoi et surtout comment, ai-je tant été influencé par SUD.

Mon précieux aîné Mademba Ass NDIAYE a brossé dans son sublimissime texte «Construire le passé ou quand le futur se joue au présent» (Sud quotidien du mardi 26 avril 2011), le terme « Génération Sud ». J’en suis. Je l’affirme, fier.

Aussi, est-ce aisément que je comprends pourquoi, sous ce même doyen et Tidiane Kassé, Abdourahmane Camara, mes humanités à Walf furent une évidence. Et comment ! Ce fut une normalité, des années plus tard, à Apanews, sous l’autorité de Sidy Gaye et Ibrahima Bakhoum.

C’est dire combien je dois à SUD. Tout, sûrement et surtout le déclic.

A la Génération Sud, j’appartiens incontestablement. Révolté, je le suis  inévitablement.

Aujourd’hui, « Mon Sud à moi » m’invite à vivre pleinement ce que je suis devenu. Si ce n’est me dire, 25 ans plus tard, qu’il me faut prendre, de nouveau, rendez-vous avec la responsabilité historique qui incombe à chaque homme, c’est que je n’aurai rien compris au glissement aussi nuancé qu’intelligent du bon vieux «Notre Sud à nous» à «Mon Sud à moi». Dans ce Sénégal si incertain, il est plus qu’impératif d’assumer pleinement son rôle.

Le retour conjugué aux sources touche plusieurs générations. Nous sommes tous concernés par ce moi responsable qui nous renvoie à notre mission : ce que nous devons faire.

Je peux me tromper, ce ne serait pas la première fois, même si je conviens qu’une erreur, à cet âge terrible qu’est le mien, se paie plus cher que 25 ans plus tôt. Il y avait tout à gagner un quart de siècle plus tôt, il y a beaucoup à perdre aujourd’hui. Même si des batailles remportées durant les premières années de SUD, il ne reste que le souvenir sourd. Trop de voix d’intellectuels se sont tues, par omission, compromission, corruption, abandon. Encore heureux que des plumes veillent au grain pour que survive la pensée des justes avides de liberté responsable.

« Mon Sud à moi est sans appel ». Clair, net, précis. Il me faut assumer ce que je suis. J’ai été formé pour le devenir. SUD a sa part dans cette fabrication, oublier cela c’est trahir ma propre vérité. Ce que je ne peux me permettre au nom de ce qui a été et continue d’être fait, même si un criminel cahin-caha de chez Intrus (hors rédaction) est venu se mêler au discours des esprits libres. Une forfaiture !

Mais aux grandes idées, de funestes ignominies, souvent. La rançon de la gloire c’est aussi cela. Nous y avons notre part de tric (même si je n’ai jamais été de la maison), mais tant que nous ferons cap sur le Sud, le trac sera visible sur le visage d’en face. Le roseau plie seulement…

 
 
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