Petits souvenirs de grands moments à ‘Sud Quotidien’
Publié le 14/05/2011 | 07H28 GMT par Moussa DIARRA
 
Un jour de décembre 1994, après avoir reçu mon diplôme du Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti), je viens à l’immeuble Fahd pour dire au revoir à un de mes professeurs, Abdou Latif Coulibaly.  Latif me dit : «  hé boy, que vas- tu faire au Mali ? Y as-tu des propositions ? ».  Je lui réponds que je vais travailler certainement pour le quotidien national ‘L’Essor » mais que je n’avais pas d’offre précise. Et Latif de me proposer une collaboration avec ‘Sud Quotidien’ pour acquérir une expérience internationale cruciale  pour la suite de n’importe quelle carrière.  C’est comme cela que moi, qui avais soigneusement fait mes bagages et les avais mis dans le train pour Bamako, suis resté au Sénégal 12 ans. Comme quoi, un destin, une vie ou une carrière tient à peu de choses.
 
Aujourd’hui,  17 ans après,  avec à la clé beaucoup d’événements personnels majeurs liés  à mon séjour sénégalais, beaucoup d’aventures professionnelles toujours en lien avec mon séjour  au pays de la Teranga, je me dis que (en référence au titre d’une rubrique que j’ai animée sur les faits divers au tribunal) , « C’est Arrivé » comme cela devait arriver.

Au fait, je n’étais pas le seul « étranger de la Rédaction ». Il y en avait toute une colonie qui ont, peu ou prou, bizarrement travaillé au ‘Desk Etranger’. Moussa Sidi Ba, Franck Kuwonu, Edmond Bagde, Oumar Kouressy que Demba avait affublé d’un petit surnom qui,  un jour, a fait sursauter Ndiaga Sylla quand Demba, de l’autre bout de la rédaction, s’est mis à hurler ce mot ouolof de cinq lettres. Je revois encore Ndiaga, la sagesse et la piété d’une rédaction aux caractères, aux qualités, aux croyances et aux habitudes aussi divers et variés qu’un marché de Louma sur Front de terre, demander à Demba, « Hé !!!! Li lan la ? ».

Il aurait aussi pu sursauter encore plus si Malick Rokhy Ba pouvait lui dire comment il appelait les étrangers de la rédaction. Ce petit facétieux nous appelait non pas refugiés  économiques  ni politiques mais usait d’un qualificatif que,  par pudeur,  je ne peux pas mentionner.

Mais quelle ambiance les fins d’après-midi, quelques temps avant le bouclage quand Vieux Savané ou Demba Ndiaye s’arrachait les cheveux pour enfin avoir le papier fini d’Alassane Cissé, l’homme qui tapait sur le clavier de l’ordinateur comme marche un échassier mais trouvait toujours le temps de recevoir mille et une personnes et d’initier nos stagiaires filles à l’écriture sur la culture.

Quelle autre ambiance quand Babacar Touré « Babs » déboulait de son bureau, un numéro du journal en mai, pour engueuler pour un ratage, une faute de saisie ou autre « connerie »,  pour utiliser un mot proche de ceux qu’il pouvait employer en ces circonstances. Voilà un Monsieur capable de coups de gueule comme de coups de cœur, de tendresse et de bourrades mais sans méchanceté aucune.

 Je crois que cette mélange d’humains avec nos défauts et nos qualités, cette concentration de professionnels de l’écriture et d’altruistes que l’on rencontrait à chaque mettre carré de la rédaction de ‘Sud quotidien’ sont  la marque de cette institution.

Je crois que tous ceux qui sont passés par l‘école de ‘Sud Quotidien’ et sa fabrique de caractères et de styles, d’hommes et de carrières, de destins et d’itinéraires,  de profils et de talents,  peuvent en témoigner : après cette épreuve, aucune autre ne peut vous angoisser davantage en terme de stress, de pression mais aussi aucune autre expérience ne peut vous combler d’autant de bonheur lorsque les lendemains de grands évènements, on découvrait la Une du journal qui faisait la différence avec tous les autres.  Ce bonheur était le même quand on retrouvait son papier, trituré, malaxé, passé à la moulinette, pour que le jus soit un régal, parfois avec une pointe de polémique ou de militantisme sous la plume d’un Sidy Gaye.

De ma modeste expérience, je crois pouvoir dire que l’on entre à ‘Sud Quotidien’ pour apprendre a écrire, et à devenir un journaliste, on en sort riche d’expériences humaines formidables. Rien que pour cela,  nous avons encore besoin de ‘Sud Quotidien’.
Bon anniversaire Camarades.
 
 
 
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