SUD et moi…
Publié le 09/04/2011 | 08H09 GMT par Rama Sy DIOP
 
1994 -2001. Au départ était un défi, puis une entourloupette et me voilà de plain- pied à Sud pour un compagnonnage de 7 ans. Au détour d’une conversation une amie m’avait dit : « je vois que tu fais souvent des contributions, pourquoi tu n’en envoies pas à Sud, c’est plus lu ». Auparavant, je n’osais pas, je me disais que Sud  n’était pas pour les petites plumes et que je ne serai pas publiée. Et j’ai longtemps hésité, avant de mûrir l’idée de relever ce défi. Car écrire un seul papier dans Sud, avait fini de revêtir pour moi, les atours d’un véritable challenge lancé par mon amie.
 
Je décidais donc de passer par un jeune de mon quartier qui y avait ses entrées au service commercial, pour espérer un appui qui me permettrait ne serait- ce, une seule fois dans ma vie, de signer dans la page Contributions du grand Sud. Malheureusement, je ne revis ni mon texte, ni mon convoyeur pendant une assez longue période. Puis vint un jour où, parcourant la presse comme je le fais chaque jour, je retrouvais mes phrases et mes mots dans un texte au bas duquel un patronyme d’homme figurait. Un nom qui m’était inconnu. Je pensais tout de suite qu’il s’était agi d’une erreur de manipulation, avant d’appeler la rédaction de Sud  pour m’en enquérir. Et c’est ainsi que je fus reçue au bout du fil par un Sidy Gaye affable et ouvert qui  s’est étonné avec moi, de la tournure de la chose, c’est-à-dire mon document que j’avais saisi à l’ordinateur, remplacé par un papier manuscrit sur un papier d’écolier et courageusement signé par le convoyeur qui y apposait son vrai nom alors que dans le quartier, je ne le connaissais que par son surnom… Voilà comment je suis entrée, comme par effraction dans Sud et c’était parti pour un compagnonnage aussi enrichissant que fructueux.


Le journalisme n’est pas mon métier, mais rien qu’au téléphone, « l’immense » Sidy m’a tout de suite adoptée en m’encourageant à persévérer, à cultiver ma passion pour l’écriture d’autant qu’il trouvait que mon papier « n’était pas mal écrit ». Il ne faisait que décupler ma volonté et ma soif de m’exprimer pour mieux vaincre ma timidité.  Et c’est une véritable pluie de contributions que j’ai commencé à faire tomber sur sa table, par le biais cette fois ci de mon marchand journaux. Nous ne nous étions jamais vus, mais nos entretiens téléphoniques devenant de plus en plus réguliers, il finit par me proposer d’animer un magazine féminin hebdomadaire dans Sud qui ne comptait pas beaucoup de femmes dans sa rédaction.


 En ce moment précis, c’est un sentiment mêlé de fierté et de peur que j’éprouvais. La fierté de m’exprimer dans le must des organes de l’époque, mais encore la peur de ma vie, celle de ne pas répondre aux attentes, de ne pouvoir respecter mon engagement, de manquer d’inspiration… N’empêche, je plongeais tête baissée d’autant que j’étais suffisamment motivée et j’avais du temps à consacrer à ce redoutable challenge.


Agent de l’Etat, j’ai été pendant plusieurs années ballottée au gré des changements d’organigrammes ou des regroupements d’activités, avant d’être finalement affectée dans une structure étêtée. Ma principale activité, ainsi que celle de mes collègues d’infortune n’était que de nous tourner les pouces. Et nous avions attendu deux années durant, que la hiérarchie veuille bien nommer un chef qui en tiendrait le gouvernail. Pendant ce temps, nous vaquions à nos occupations autres que professionnelles si nous ne choisissions pas de rester carrément chez nous à percevoir des salaires indus.


Je venais ainsi de me trouver, avec bonheur, une activité qui en plus de m’occuper pleinement, n’en finissait pas d’être exaltante. Tous les matins je me mettais devant ma machine, avant de faire parvenir la disquette à Sud et d’attendre dans l’angoisse que Sidy  dise : « c’est bon ». J’étais si heureuse de laisser mon imagination vagabonder sur tout, sur rien, les femmes, les hommes, le travail, le chômage, la pluie, le délestage…Bref, j’ai tellement élucubré sur une multitude de sujets via « Telles quelles » pendant 7 ans. Dès les premières semaines, j’avais constitué un stock qui couvrait 4 mois de publication, mais j’étais si effrayée à l’idée qu’il ne soit voué à un sinistre avenir au fond de la poubelle ! Je n’ai plus quitté mon nuage depuis que Sidy me signifia que tous mes textes étaient publiables autant pour lui que pour les autres membres de la rédaction qui d’ailleurs voulaient bien faire ma connaissance. Car je dois dire que durant toute cette période, ni Sidy, ni aucun des membres de la rédaction n’avait pu mettre un visage sur ma signature.


C’est le lieu de convenir avec l’autre que « à quelque chose, malheur est bon » puisque, victime d’une administration  qui souffrait, qui souffre encore du management de ses ressources humaines, je me suis trouvée une occupation autre, celle qui me plaisait bien plus que la routine au quotidien de mon activité d’agent sous utilisé. Chroniqueuse attitrée, je finis par m’introduire avec bonheur dans la rédaction après avoir osé me présenter quatre mois plus tard et être initiée à conduire même parfois des enquêtes ou des reportages ou participer à des séminaires de réflexion.


C’est non sans émotion que je me rappelle des odyssées avec l’inénarrable et regretté MOF, pour rencontrer et faire parler des Sénégalais et de leurs activités, sa pédagogie pour m’encadrer et me montrer le chemin, sa propension ainsi que celle de Sidy, Demba ou Vieux à me mettre en avant, pour m’apprendre la chose journalistique.


A Sud on ne m’a pas véritablement « donné du poisson », on m’y a « appris à pêcher » durablement. Je me surprenais même parfois à proposer des sujets d’enquêtes avant de les mener à la satisfaction de tous. Sud m’a fait confiance en m’ouvrant ses bras et ses pages. Babacar et El Hadji Kassé m’ont plusieurs fois invitée à venir me joindre définitivement l’équipe de Sud. Et je ne me suis jamais autant épanouie et réalisée que durant cette période où les encouragements des uns, l’expression de la satisfaction des autres ou encore leurs suggestions ou leurs critiques pleuvaient sur ma personne comme pour mieux doper ma volonté et dilater mon inspiration.


En plus de m’avoir offert une tribune pour élucubrer sur et pour les femmes, Sud m’a surtout gratifiée durant ce long compagnonnage fructueux et enrichissant de près d’une dizaine d’années,  d’amis irremplaçables, des frères et sœurs chers à mon cœur, qui aujourd’hui encore, n’arrêtent pas de compter énormément pour moi. Je ne parlerai même pas de ces vaillants « oncles » comme Chérif ou Latif que j’y ai retrouvés et qui déjà toute petite m’ont fait rêver de voir mon nom au bas d’un texte.


Compagnonnage fructueux  disais-je, pour ce que cela m’a permis de réussir comme réflexions, d’accomplir comme recherches et de réaliser comme meilleure appropriation des rudiments de la langue et de l’écriture .  Mais compagnonnage très enrichissant aussi pour tout ce que cela m’a valu de satisfactions, de distinctions honorifiques, d’encouragements, de reconnaissance, et encore d’invitations à des forums dans et hors du Sénégal. Mais ce qu’il faut surtout rappeler, c’est que, coachée par des monuments comme Sidy, Demba, El Hadji Kassé, Ndiaga, Babacar, Vieux Savané et tous les autres, il m’était impossible de démériter.

Quelle fierté alors que de voir ma maigre signature trôner en une aux côtés de sommités comme El Hadji Ibrahima Sall, Cheikh Tidiane Gadio, Iba Der Thiam ! Ah oui, je n’étais pas peu contente de compter parmi « wa Sud », ce groupe qui tenait bien haut le pavé de la crème de la presse sénégalaise de l’époque. Sud, est-il besoin de le souligner après tous les autres, ce n’est pas qu’un groupe, c’est un esprit, une famille où même les « dokhandem » comme moi, se sentent véritablement chez eux dans une ambiance empreinte de rigueur et de bonne humeur.

Je pense à Henriette, Maguette, Djiby (« professeur » comme dirait Oustaze Sall), Mame Fatou, Amy Sakho, Mbaye Kassé, Abdou Fall, Thié, Malick Rokhy, Alassane Cissé, MAK…Bref, Sud encore, Sud toujours, majestueusement dressé comme le pilier qu’il est, construit sur le roc des principes et des convictions et qui, à l’image du roseau, peut plier mais ne rompt jamais…
                               
 
 
Commentaires (3)
Posté par ocpa, 2011-04-11T05:53:07+00:00  
Je souhaite que vous fassiez profiter au pays des qualites redactionnelles indiscutables que Sud vous a permises de developper et entretenir jusqu'a present, et partout ou votre plume a ete mise a l'epreuve...
Posté par LO, 2011-04-26T12:57:17+00:00  
Felicitations, chère Rama. Je retrouve par un autre biais, la pertinence et la qualité d'écriture que nous avons eu le loisir d'apprécier par ailleurs ... Sans oublier aussi ce bon petit grain de sel qui n'est jamais de trop pour relever ce banquet de la bonne comm ... dont Sud a bien detenu le monopole et pendant un quart de siècle.
Bravo à Babacar et à ses fidèles compagnons
Posté par dkaol, 2011-07-05T22:30:07+00:00  
Félicitation à vous chère dame, ca donne envie d'entrée dans cet esprit cette famille. Merci à sud. Al baraka
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