| DEVELOPPEMENT DE LA FINANCE ISLAMIQUE AU SENEGAL |
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| Trois conditions majeures |
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| Publié le 26/01/2012 | 04H00 GMT par Malick NDAW
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Les opportunités existent mais dans l’état actuel, la finance islamique n’a aucune chance de se développer au Sénégal. Cette forme de finance alternative qui proscrit le recours aux intérêts, assimilés à de l’usure et les investissements dans les secteurs considérés comme contraires aux principes de l’Islam (jeu, alcool, armement, pornographie, tabac…), n’a pourtant de cesse d’attirer des adeptes à travers le monde.
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A l’aune des crises financières successives, les experts finissent par dénoncer « la faillite d’un système économique et financier aux contrôles défaillants et à la finalité discutable» et proclament une moralisation de l’économie de marché pour qu’elle soit «au service de l’Homme ». Et pour cause, les mêmes experts prétendent se rendre compte que « tout ce qui est interdit dans la finance islamique fait le lit de la crise financière. » Ayant fêté en 2005 ses 30 ans d’existence durant lesquels elle a enregistré des taux de croissance variant entre 10 et 30% en fonction des classes d’actifs, la taille de marché de la finance islamique représenterait aujourd’hui 1000 milliards de dollars, basée essentiellement en moyen orient et en occident, elle semble bien intégrée en tant que « complément indispensable » dans l’économie. Malgré le fort intérêt des musulmans pour la finance islamique, les non musulmans seraient de plus en plus intéressés par la valeur morale et les garanties moins risquées que prônent la finance islamique à l’inverse de la finance conventionnelle. Le Royaume-Uni en serait le parfait exemple.
Cependant pour l’Afrique francophone, un pays comme le Sénégal qui est composé à 95% de musulmans, pourrait être un hub dans le secteur de la finance islamique. C’est du moins ce que pense Keba Keinde, expert en finances, président-directeur général du Millenium Finance Corporation (MFC-Dubaï) qui présidait ce mercredi 25 janvier à Dakar, l’ouverture d’un séminaire de formation pour le Certificat de base en finance islamique(Cbfi) destiné aux institutions publiques et privées.
Dans ses principes et fondements, la finance islamique tire ses sources de jurisprudence dans la sharia. En accord avec le droit musulman, ce type de financement est basé sur deux principaux principes : l’interdiction de l’intérêt (ribâ) et la responsabilité sociale de l’investissement.
Ce principe de l’intérêt qui gouverne la finance conventionnelle serait « une des causes de l’anéantissement des richesses, de la destruction et de la ruine, encourage la spéculation (gharar) et impacte les prix, entre autres », selon Mouhamadou Lamine Mbacké, président-directeur général de l’Institut africain de finance islamique (IIAF). Tout le contraire selon les experts d’un type de financement basé sur l’ « éthique et l’équité » et, prône le partage des risques dans toute transaction. Pourquoi alors la finance islamique ne se développerait-il pas au Sénégal, avec son potentiel de création de valeur ajoutée, d’emplois rémunérateurs, d’augmentation du taux de bancarisation, interroge M. Keinde qui, répond lui-même à la question.
D’abord une réforme du cadre règlementaire est nécessaire, selon lui, afin que les banques islamiques puissent se refinancer. Ensuite, une réforme fiscale permettrait d’éliminer le problème de la double taxation et aux banques islamiques d’être plus concurrentielles. Et enfin, selon M. Keinde, la problématique de la formation même si, ajoute t-il, « nous avons déjà une base assez intéressante de connaissances. » Cela permettrait en tout cas d’attirer les banques islamiques et ainsi de couvrir l’Afrique francophone. En réalité, dans l’état actuel, il n’existe, à proprement parler, aucun banque islamique au Sénégal malgré la présence notée de la « Banque islamique de développement » qui, en réalité, ne serait pas considérée comme telle dans un pays du Golfe parce que se refinançant sur les marchés conventionnels. D’où la nécessité de réforme du cadre règlementaire. C’est ce qu’à fait récemment le Sultanat d’Oman qui était la seule monarchie du Golfe à ne pas disposer de banque islamique a renversé la tendance en mai 2011.
Limites objectives
Tout ne serait cependant pas rose dans la finance islamique qui comporterait ses limites. Standards and poors avait ainsi, dans le cadre d’une étude, estimé que dans la comptabilité de la finance islamique, il existe des normes comptables islamiques appliquées de manière très « hétérogène » allant jusqu’à proposer des normes duales (IFRS + AAOIFI). Par ailleurs, il existerait une forme de concurrence normative au sein même du monde musulman, reflétant les différences d’interprétation de la vulgate islamique par les quatre principales écoles de pensées, lesquelles épousent les particularités géographiques. En particulier: l’Extrême Orient est jugé plus « libéral » que le Golfe,
même en matière bancaire. Cela pourrait « fragmenter », « ghéttoïser » les marchés financiers islamiques, selon ladite étude de S et P. Paradoxalement, la communauté financière internationale serait sans doute parmi les plus fervents supporteurs de la finance islamique telle qu’elle tend à émerger ; les tentatives de « torpillage » du projet d’extension de la finance islamique proviendraient de l’intérieur.
D’un autre côté, quelques inquiétudes naissent quant à la capacité de la finance islamique à supporter sa montée en puissance tout en gardant son authenticité et en restant fidèle aux principes qui ont fait son succès jusque là. Les barrières socioculturelles, les barrières légales et réglementaires, le déficit en ressources humaines et les challenges liés à la structuration du système pour lui donner une crédibilité plus large, seraient entre autres inquiétudes exprimées.
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